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NOTES 791

lecteur français, et peut-être la littérature norvégieane eût- elle fourni pour inaugurer sa part de la Bibliothèque une œuvre plus signiiîcative. En revanche Madame Marie Gruhhe complèie heureusement en français l'œuvre de Jacobsen, dont les deux grands romans se trouvent ainsi traduits dans notre langue. Cette reconstitution de la vie Scandinave au wm" siècle rappelle dans une certaine mesure la Roniola de George Eliot. C'est comme Romohi une œuvre très soignée, pleine d'archéologie, groupée autour d'un caractère de femme solidement et savamment construit. Mais, au con- traire de Roniola, Marie Griihhe est une œuvre de stvle minutieux et artiste, qui paraît inspirée parfois de Gautier et de Flaubert, un des livres les mieux écrits de la littérature danoise, et la traduction a au moins le mérite de nous le laisser parfois deviner.

La Bibliothèque Scandinave sera continuée par trois histoires de la littérature suédoise, danoise, norvégienne, par une tra- duction de Kierkegaard, et une autre de l'Edda. Il serait ii souhaiter qu'on y ajoutât des études détaillées sur deux écri- vains très représentatifs de leurs pays, dont l'œuvre ne pas- sera jamais en français que par fragments, Bjôrnson etStrind- berg. L'un et l'autre fourniraient d'excellents sujets de thèse, et l'existence de la Bibliothèque résoudrait en partie pour leurs auteurs les difficultés pécuniaires que le prix du livre dresse maintenant devant le doctorat. Si nous voulons que l'étranger nous connaisse il nous faut apprendre à le connaître nous-mêmes. Le monument d'ignorance que fut l'article de Jules Lemaître sur les Liitératurcs du Nord (Strindberg y est pris pour un Allemand) nous a assez ridi- culisés pour nous donner le désir de mettre fin à l'état d'es- prit d'où il est né.

ALFRED THIBAUDET

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