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752 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

positivement me terrifiaient. Ces détonations me tapaient sur les nerfs, m'étaient odieuses et je ne comprenais pas quelle sorte de plaisir infernal on y pouvait prendre. Ils organisaient des feux de file contre des armées de soldats de plomb... Moi aussi j'avais eu des soldats de plomb ; moi aussi je jouais avec ; mais c'était à les faire fondre. On les mettait tout droits sur une pelle qu'on faisait chauffer ; alors on les voyait chanceler soudain sur leur base, piquer du nez, et bientôt s'échappait de leur uniforme terni une petite âme brillante, ardente et dépouillée... Je reviens au lycée de Montpellier.

Le régime de l'École Alsacienne amendait celui du lycée ; mais ces améliorations, pour sages qu'elles fus- sent, tournaient à mon désavantage. Ainsi l'on m'avait appris à réciter à peu près décemment les vers, ce à quoi déjà m'invitait un goût naturel ; tandis qu'au lycée (du moins celui de Montpellier) l'usage était de réciter indifféremment vers ou prose d'une voix blanche, le plus vite possible et sur un ton qui enlevât au texte je ne dis pas seulement tout attrait, mais tout sens même, de sorte que plus rien n'en demeurait qui moti- vât le mal qu'on s'était donné pour l'apprendre. Rien n'était plus affreux ; ni plus baroque ; on avait beau connaître le texte, on n'en reconnaissait plus rien ; on doutait si l'on entendait du français. Quand mon tour vint de réciter (je voudrais me rappeler quoi), je sentis aussitôt que, malgré le meilleur vouloir, je ne pourrais me plier à leur mode, et qui, vrai! me répugnait trop... Je récitai donc comme j'eusse récité chez nous.

Aux premiers vers ce fut de la stupeur, cette sorte de stupeur que soulèvent les vrais scandales ; puis qui fit

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