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SI LE GRAIN NE MEURT... 747

jardin où nous avions gracieux accès. Le jardin n'était en lui-même, autant qu'il m'en souvient, qu'un fouillis de chênes-verts et de lauriers, mais sa position était admirable ; en terrasse d'angle au-dessus de l'Esplanade, dont il dominait l'extrémité, ainsi que les faubourgs de la ville, jetant le regard jusqu'au lointain pic Saint-Loup, que mon oncle contemplait également des fenêtres de son cabinet de travail.

Est-ce par discrétion que ma mère et moi nous ne logeâmes pas chez les Charles Gide ? ou simplement parce qu'ils n'avaient pas la place de nous héberger ? car nous avions Marie avec nous. Peut-être aussi le deuil inclinait-il ma mère et la faisait-elle souhaiter plus de solitude. Nous descendîmes d'abord à l'hôtel Nevet, avant de chercher dans un quartier voisin un apparte- ment meublé où nous installer pour l'hiver.

Celui sur lequel s'arrêta le choix de ma mère était dans une rue en dépente qui partait de la grand'place, à l'autre bout de l'Esplanade ; en contre-bas de celle-ci, de sorte qu'elle n'avait de maisons que d'un côté. A mesure qu'elle descendait, s'éloignant de la grand'place, la rue se faisait plus sombre et plus sale. Notre maison était vers le milieu.

L'appartement était petit, laid, misérable ; son mobi- lier était sordide. Les fenêtres de la chambre de ma mère et de la pièce qui servait à la fois de salon et de salle à manger, donnaient sur l'Esplanade, c'est-cà-dire que le regard butait sur le mur de soutènement. Ma chambre. et celle de Marie prenaient jour sur un jardinet sans gazon, sans arbres, sans fleurs, et que l'on eût appelé cour, n'eussent été deux buissons sans feuilles

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