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VIE DE GUILLAUME APOLLINAIRE 68^

mieux, cette nécessité dont il jouissait non pas de s'ap- proprier mais de transformer à son usage l'événement né d'autrui et auquel on l'associait, soit en actes, soit par la parole. Ainsi s'explique que Guillaume Apolli- naire ait été peut-être le premier poète en état agréable de composer dans le bruit des conversations de ses amis, voire d'étrangers, de ces importuns qui encom- braient sa maison et qu'il s'appliquait, malicieux et naïf, à nous peindre comme les meilleurs fils du monde, les plus précieux hôtes, jusqu'au jour que, leur refusant sourdement sa porte, il les écoutait carillonner, en riant dans le creux de sa main, logé en boule parmi les cous- sins pareils à des ventres coupés, à de joyeux bedons arrachés, enveloppés de gilets bariolés.

Guillaume Apollinaire, interrompu dans ce qu'avant le Parnasse on nommait la méditation, s'emparait, au vol, de la phrase la plus banale, la plus triviale — si elle était incongrue ce pouvait être du bonheur pour r « esprit nouveau » ! — et, sans la parer, sans trahir la révélation, il repartait de ce plan, de ce dernier des plans superposés dans un miracle d'unité, pour de nouvelles ascensions en un ciel libre, sans perdre de vue la terre.

As-tii pris la pièce de dix sons je l'ai prise

Ceci qui dépasse la critique littéraire devrait tenter un psychologue, au moins un Janet ou le Daudet le moins culbutant.

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Nous apprîmes à rire. Tu le sais, Billy,. qui riais si

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