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^80 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

Sa simplicité, ses façons de camarade ajoutaient à son autorité. Mais il possédait encore ce prestige d'avoir col- laboré à la Revue Blanche, dont nous suivions l'agonie, d'avoir publié avant 1900, d'être un homme du siècle de la vie littéraire ; cette vie littéraire que nous voulions assassiner comme on mange les vieillards dans certaines îles, pour épargner aux parents la honte de la décrépi- tude.

Nous avons conçu et exécuté certaines farces qui ont rendu impossible une nouvelle saison des Soirées de la Plume. Les grimaces de Mécislas Golberg nous étaient un encouragement puissant. Nous aimions tant la poé- sie qu'il nous devenait obligé de tourmenter plusieurs poètes. De charmants élégiaques très bien habillés se produisaient au Soleil d'Or. Après que chacun d'eux avait fait valoir l'une de ses élégies, l'un de nous sur- gissait qui déclamait de Corbière le Fils de Lamartine et de Gra::jella. Exercice qui troublait plus profondément les esprits que ce Schiendcrhannes dont un poète gascon disait, à chaque audition : « Cest un geinre ! »

Ainsi Guillaume Apollinaire commença-t-il son apprentissage de chef d'école.

Un soir, Fagus nous révéla que la Revue Blanche en était à son dernier numéro. Je ne sais pas s'il faut aujourd'hui sourire ; ce soir-là nous prîmes le deuil. Un grand espoir s'anéantissait. Il nous avait semblé, et jus- tement je pense, que la Revue Blanche qui parait si dure- ment datée aujourd'hui, était riche d'un perpétuel pou- •voir de rajeunissement. La Plume fleurait trop le quar- tier et l'esprit verlainien sans Verlaine. Moréas en faisait fi. Nous décidons donc de fonder une revue. Apollinaire

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