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éyO LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

Les paysages de la dernière époque sont revêtus d'un chromatisme extrêmement réduit, dont la richesse ne provient que des modulations de la couleur sur l'échelle des valeurs qui vont du noir au blanc. Cette couleur, choisie avec parcimonie, aussi abstraite que les formes qu'elle recouvre, est moins représentative qu'évocatrice. Elle est constituée habituellement par un violet (mélange de laque et de bleu de prusse), un jaune (ocre jaune) et un vert (véronèse). On pourrait, jouant sur les mots, parler de tons « universels » ou « passe-partout ». Au lieu d'être des tons analytiques, comme au début de ses recherches, ce sont des tons récapitulatifs.

Est-il besoin de souligner à nouveau le caractère pro- fondément, radicalement insurrectionnel des procédés de Cézanne, complètement exclusifs de ceux employés par les peintres dits « classiques » ? Je terminerai cette étude en proposant seulement de rayer de la liste des vocables pompeux dont on importune sa mémoire, celui de « Beauté ». Il n'y a plus rien ici de Joconde ni de Venus ; ni sourire engageant, ni représentation de membres bien amenuisés, mais un équivalent imagé du mystère sacré que dégagent les gestes d'un corps vivant. Il y a une intensité plastique et suggestive. C'est cette puissance à demi avouée, cette secrète fermentation de la forme repliée et prête à bondir, et saturée de géométrie et de tons solaires ; c'est le profond bouillonnement de mille virtualités expressives qui rendent désormais insuffisant et banal un mot qui a plus rarement aujourd'hui que n'importe quand signifié quelque chose.

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