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664 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

veilleux, où toutes les figures sont dans des rapports toujours harmonieux ; elles baignent dans une atmos- phère idéale, d'un pur cristal ; nul phénomène de réfraction, nulle poussière, nulle végétation parasitaire ne viennent altérer ces rapports éternellement justes. C'est le domaine de la géométrie, domaine des dieux, qu'il est interdit au peintre, serviteur de la terre, de par- courir, mais auquel il lui est enjoint de faire allusion. Pour qui est capable de s'élever à ces hauteurs, tout objet ou tout ensemble d'objets suggère, à travers la pro- fusion des détails, la pure forme essentielle, géométri- que. La ronde des apparences en perpétuel changement et s'effaçant pour ainsi dire elles-mêmes du commence- ment à la fin de la journée semble à certains moments s'approcher d'une figure parfaite. C'est alors qu'on dit des choses qu'elles sont le plus belles. Pour Cézanne, familier de l'absolu, il n'est point de moment où cette beauté ne puisse se révéler en son imagination, comme elle apparut jadis à Paolo Ucello et au Gréco. Dès lors, pour lui, exprimer un objet revient à affirmer le rapport qu'il soutient à n'importe quel moment de son évolu- tion terrestre avec telle figure transcendantale : sphère, cône, cylindre, ou avec une figure complexe résultant de leurs combinaisons. Et c'est la sensation qui est le truchement de cette transfiguration. Cézanne, compa- rant l'objet, cause de sa sensation, à son équivalent dans un monde supérieur, use d'une métaphore plastique. Il crée un nouvel objet, dont les racines plongent au plus profond et au plus mystérieux de la conscience humaine. A la suite de Grûnevald et du Gréco, il est un des rares peintres auxquels on puisse appliquer la formule « pein-

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