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656 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

veaux, que je suis le premier, quoi qu'en disent avec malveillance certains critiques, à leur savoir gré d'avoir découverts et utilisés. Pour dissiper un malentendu, remercions Monet de ses rubis et de ses émeraudes, Sisley, Jongkind et Boudin de leurs charmantes verrote- ries, Berthe Morisot de ses guirlandes, Manet et Pissaro de leurs piliers et de leurs chapiteaux, mais sachons leur gré surtout d'avoir restauré la peinture d'intimité, sacri- fiée par les Italiens à la peinture décorative, et d'avoir été suffisamment logiques pour substituer à la notion décorative de beauté, la notion d'intensité, dont Cézanne tirera les conclusions les plus fécondes. (En effet, le tableau, n'étant plus soutenu par une charpente intérieure se fût volatilisé, pour ainsi dire, s'il n'avait pas été rempli par quelque chose qui lui donnât du poids. La richesse de la matière colorée vient vivifier la surface jadis ani- mée par les développements ornementaux ; l'œuvre se ramasse, renonce aux grandes dimensions, le souci de la qualité matérielle renaît.)

C'est donc grâce à un mouvement pareil à celui qui poussa les peintres du xv siècle à demander à leurs sen- sations le renouvellement de leurs formules que ceuxdu XIX' renouvelèrent les leurs. Le geste eût été parfait s'il eût coexisté, comme celui des Renaissants, avec une spé- culation spirituelle. Mais loin d'être mis au service de l'esprit, les matériaux nouveaux sont cultivés pour eux- mêmes. Le travail impressionniste pur s'arrête à la recherche, par l'impression directe, « d'après nature », d'une expression uniquement colorée et sans aucun pouvoir généralisateur. S'il y a marche ascendante de l'acuité sensible, et du pouvoir analytique, depuis la

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