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624 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

et plus mystérieuse que si elle est le résultat d'un éclielonne- ment mécanique, suivant les lois — d'ailleurs convention- nelles — de la perspective aérienne ? Une seule référence : Giotto, qui réduisit la profondeur au minimum, est-il moins grand, moins beau que n'importe quel perspccleiir du siècle suivant ?

Le second argument qu'invoque M. Longnon pour con- damner la technique cubiste repose sur une analyse du métier « traditionnel ». Mais, d'abord, par quoi nous est révélée la tradition ? Par les musées. Or ceux-ci nous pro- posent-ils une technique immuable ? J'entends bien que celle qui nous est présentée comme traditionnelle est celle de la Renaissance. Je suis le premier à vénérer les Dieux de cette époque, les \'cnitiens et Rubens ; aussi ne pensé-jc pas les diminuer en prétendant que leur art, devenu par la suite traditionnel, fut, à ses débuts, aussi anti-traditionnel que possible, puisque en contradiction flagrante avec celui des primitifs. Un critique aussi sévère que M. Longnon eût pu reprocher avec raison à Rubens d'être un révolutionnaire renonçant à l'admirable tradition des Van Eyck. Par quoi Rubens eût-il pu se défendre ? Peut-être seulement par quelque réflexion semblable à l'irrévérencieuse boutade de Rémy de Gourmont : « La tradition, la tradition ! Il y a commencement à tout, même à la tradition ». Donc, quand M. Longnon, qui voit comme moi en Ingres le père du cubisme, constate qu'il « mit au point une technique tout au rebours de l'ancienne », ce ne devrait pas être pour blâmer le peintre de VOihili.ujiie, mais pour lui accorder au contraire le titre incontestable de rénovateur. Car l'artiste qu'en pleine décadence romantique on appelait « le Gothique » est certes celui qui, de tous ceux de son époque, est le plus digne de la déférence de tout véritable traditionaliste.

Il n'est pas une loi de cette peinture à deux dimensions des primitifs, plane, murale, architecturale, précise, parfaite.

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