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6o8 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

Devant le cabaret de Chilperic, il y a un carrefour que les habitués connaissent bien, une route borde un cimetière de province, une autre un terrain vague ; à l'angle de la troi- sième et de la quatrième route s'élève une maison à six étages. Le soir un éclairage assez chiche donne à cette mai- son peinte en rouge brun un aspect qui la fait ressembler à une maison de bourreau pour petite ville de cinq mille âmes. La nuit, ces quatre routes, dont chacune aboutit à je ne sais quel mystère peu enchanteur, sont parfaitement désertes jusqu'au moment où il ne le faut pas. L'immeuble de rapport garde un air d'honnêteté trompeuse et l'on imagine que le seul personnage possible dans ce décor est un petit vieillard vêtu proprement, qui, tout en regardant autour de lui avec une inquiétude craintive, lave une tête fraîchement coupée dans un seau d'eau. Il ne faut pas chercher le nom du vieillard, le nom de la rue, et le nom de la concierge de l'immeuble, tout cela n'offre aucun intérêt, mais c'est le décor où la négresse du Sacré-Cœur évolue, c'est le paysage que nous avons eu sous les yeux, mon cher Salmon, en marge de la bonne route que nous avons toujours suivie.

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��J'ai pour Salmon poète et romancier ime profonde admi- ration. Cet écrivain élégant, habile à évaluer la canaille selon son importance, n'est jamais la dupe de ses créations. Une tendresse un peu hautaine flotte dans l'atmosphère qu'il a choisie, mais il ne perd jamais de vue la valeur morale de ses héros et pour cette raison ces voyous ne sont pas odieux. Le poète les rend sympathiques, moins par leurs gestes quo- tidiens, que par ce qu'il y a d'inachevé dans ces gestes. Le curieux goût d'aventure de cet écrivain entoure les héros de ce roman d'une auréole que quelques-uns peuvent recon- naître pour le signe du martyr. Mais, je le répète, Salmon ne

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