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rasseoir sans broncher. Elles n’ont pas encore dit une parole que la Godichon les a renseignées sur toute sa vie.

Godichon est gêné par tout le train de sa mère, d’autant plus qu’il ne s’est jamais trouvé en face d’êtres plus différents d’elle. Il pense à la douceur, à la modestie de Prisca, au silence qui l’environne et l’accompagne toujours, pour s’humilier, humilier sa mère et toutes les femmes devant sa fiancée. Il cherchait le secret de l’existence de Prisca et des fascinations qu’elle exerçait jus- que dans les profondeurs de son être et sur l’inconnu en lui. Voilà qu’elle se détache en le bas-relief le plus simple et sombre, orné de trois saintes nimbées, comme une Vierge au lis. Il est moins étonné par elle, à cause de celles qui l’accompagnent. Il s’émerveille surtout de la parenté qu’il pourrait avoir avec des femmes si pâles et tellement silencieuses dont l’une demain serait sa mère, et les deux autres ses sœurs. Prisca le regarde avec tendresse pour l’encourager à espérer, malgré le découragement que leur donne le geste excessif de sa mère. Il imagine à peine que ces femmes puissent l’aimer jamais, être familières un jour avec le petit corps si gauche et grotesque du fils de la Godichon. Il les voit lointaines et impénétrables, inaccessibles, attirantes comme la Paix ou la Mort.

— « Je n’ai jamais approché, pense-t-il, que des êtres faciles et sans mystère, dont on sait le prix et qu’on peut connaître. J’ai tellement vécu déjà. Comme on doit se reposer parfaitement entre leurs bras immobiles, tandis que Prisca irait et viendrait autour de nous, pour me servir. »