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556 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

toujours, quand elles rentrent, leur mère assise sur la même chaise de paille, au milieu de la chambre, entre les deux lits, ses deux mains sur ses genoux. Il y a plus de cinq années que Madame Pincengrain n'est pas sortie de l'unique chambre.

Prisca est un peu différente de ses deux sœurs. Elle ressemble à la jeunesse de Madame Pincengrain. Elle est blonde, à face replète, très gaie, insouciante, naturelle, et presque éclatante comme une fleur des forêts ou un oiseau. Madame Pincengrain a un fiiible pour cette Prisca. Elle n'a pas besoin d'être si tendre envers Eliane et Véronique qui lui sont pareilles, silencieuses et tristes, fortes dans l'inconsolation comme son âge mûr et sa vieillesse, pour les aimer. Elle les voit toujours, et en elle-même. Elle regarde quelquefois Prisca pour se reposer. Prisca ne va pas aux Vêpres. Une vieille demoi- selle champenoise vient la chercher le dimanche soir. Elles se promènent dans les jardins de Paris.

��II

��Madame Pincengrain n'a jamais l'air de travailler. Quand ses filles rentrent, elle se repose. Mais le linge est repassé, le couvert mis, le repas préparé. Quand elle se repose, pourquoi a-t-elle choisi la place la moins conve- nable, le milieu de la chambre où le froid vient de par- tout, et une chaise de paille ? N'y a-t-il pas au coin de~ la cheminée la bonne bergère capitonnée de maman Lecœur ? Le repos de Madame Pincengrain a toujours' l'air provisoire et inquiet. Elle penche la tête un peu en avant comme si elle allait se lever et prête l'oreille, pour'

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