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égard entre l’attitude de Stendhal et la sienne, mais on découvre à la réflexion que les pourquoi de cette attitude sont, au fond, très différents. Stendhal, toujours requis ailleurs, passe, pour voler à des tâches qui l’intéressent bien davantage. — Chez Mérimée, tout à la fois plus disponible et plus concerté, il y a plutôt comme un nouveau scrupule ; historien, avant tout, — d’un goût qui, d’autre part, lui interdisait jusqu’à la seule conception du roman à clé, il se trouve pris entre deux solutions également impossibles. Il n’a pas cette verve qui fait jaillir les personnages avec toutes leurs particularités physiques et animales, — il faudrait donc les construire, dans une certaine mesure les fabriquer, et quelle opération plus artificielle, plus factice, plus con- traire au canon de l’art littéraire tel que Mérimée le conçoit, qu’une opération de ce genre ! Non, — semble-t-il toujours dire, — de ses personnages un écrivain ne doit décidément au lecteur que le portrait moral et si, à travers ce portrait moral, il se trouve qu’il lui livre quelque chose de plus, tant mieux pour l’écrivain, à condition qu’il ne l’ait pas cherché. Le lecteur avec cela n’est-il pas encore satisfait ? S’il proteste, comme à la fin du dialogue : « Oh ! je m’aperçois que je ne trouverai pas dans votre roman ce que je cherchais », Mérimée se bornera toujours à répondre : « Je le crains ».


CHARLES DU BOS