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NOTE SUR MÉRIMÉE PORTRAITISTE 499

de sa part ? On pourrait admettre la plausibilité de l’explication si certaines particularités, sur lesquelles nous aurons à revenir plus loin, ne venaient, justement dans la suite de notre chapitre, lui apporter un curieux démenti. Non, la vérité, c’est que Mérimée, qui aurait pu prendre comme devise d’écrivain le « Nihil fore aliter ac deceat » de ce Cicéron pour lequel il s’est montré si injuste, a le sens le plus susceptible, le plus chatouilleux — un sens attique — de ces distinctions entre les genres, de ces délimitations entre les arts, dans lesquelles triomphe le meilleur esprit gréco-latin, l’esprit d’un Aristote et celui d’un Quintilien. Il n’est que de lire les Lettres à une Inconnue ou la Correspondance Inédite pour rencontrer, toutes les fois où il s’agit d’un tableau, d’une statue, d’un objet d’art, quel qu’il soit, ces remarques qui ne trompent pas, qui décèlent aussitôt l’amateur véritable, — traductions toujours précises d’impressions exactes et authentiques. Mais, justement, cette distance qui, du peintre, sépare l’écrivain, Mérimée ne la franchira pas, parce qu’il la juge infranchissable, que, d’ailleurs, il estime qu’il est bien qu’il en soit ainsi, et parce qu’il ne convient, en aucun cas, d’entreprendre l’impossible. Une certaine confusion entre ce qui se peut et ce qui ne se peut pas dans une forme d’art donnée, rien peut-être n’inspire à l’esprit de Mérimée une plus invincible répugnance, comme une sorte de dégoût ; il y entre le sentiment d’un ridicule qui entraîne à ses yeux une pointe de déshonneur pour l’intellect, — mais, surtout, il voit dans cette confusion un manquement au code esthétique fondamental, et, par là, une manière d’improbité.