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remarquables » et, complaisamment, il lui propose de l’aider, de lui fournir l’entrée en matière :

« Allons, il n’y a pas à hésiter. Commencez, je vous donne la première phrase : la porte du salon s’ouvrit, et l’on vit paraître…

— Mais, Monsieur le Lecteur, il n’y avait pas de salon au château de Madrid ; les salons…

— Eh bien ! La grande salle était remplie d’une foule… etc… parmi laquelle on distinguait…

— Que voulez-vous qu’on y distingue ?

— Parbleu ! Primo : Charles IX…

— Secundo ?

— Halte-là. Décrivez d’abord son costume, puis vous me ferez son portrait physique, enfin son portrait moral. C’est aujourd’hui la grande route pour tout faiseur de roman.

— Son costume ? Il était habillé en chasseur, avec un grand cor de chasse passé autour du cou.

— Vous êtes bref.

— Pour son portrait physique… attendez… Ma foi, vous feriez bien d’aller voir son buste au musée d’Angoulême. Il est dans la seconde salle, N° 98. »


Je ne sais pas de réponse qui soit plus caractéristique, plus révélatrice du fond de la pensée de Mérimée. En réalité, de tout personnage qui l’intéresse le physique le passionne, — plus peut-être même qu’il ne passionne les écrivains qui, rivalisant avec les peintres, exécutent, souvent avec maîtrise, de tels portraits ; car ici la passion de Mérimée est une passion désintéressée, pure de toute arrière-pensée d’émulation : c’est la passion à base de