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448 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

Cette tendresse de Stendhal est une marotte de M. Arbelet : l'origine qu'il lui prête, et la preuve initiale qu'il en donne, suffiraient à nous en faire douter. Mais où diable l'a-t-il vue ensuite ? Nous le connaissons sensible à l'excès, susceptible, voluptueux, romanesque ; ce sont des qualités qui s'accom- modent de la tendresse, mais qui ne l'impliquent pas, ni n'en tiennent lieu. Est-ce la tendresse, ou le sens artistique et une sensibilité nerveuse qui émeuvent jusqu'aux larmes cet incroyant buté, et cet anticlérical farouche, devant les cérémonies religieuses ? Est-ce la tendresse qui agite l'âme de cet ami lointain du peuple, que dégoûtent la saleté et la sottise, de ce héros de cabinet écœuré par la soldatesque ? A-t-il même jamais aimé, jamais cherché dans ses succes- sives amours, autre chose que la satisfaction des sens, et la vaine rencontre d'un idéal romanesque ? Romanesque et lucide, il espère éprouver la grande passion, et chaque expé- rience le déçoit, parce qu'elle demeure inégale à son rêve. Attaché à l'amour, et non pas à l'amante, il en multiplie les esssais, parce que, lucide, il dessèche sa passion du moment, et que, romanesque, il pare la suivante des plus somp- tueuses couleurs. Et il ne se doute pas qu'une grande passion suppose un grand amoureux, c'est-à-dire un homme capable de toutes les illusions, et de tous les attachements, d'un complet oubli de soi-même, et d'une tendresse infinie. De toutes ces vertus, il ne possède que les illusions ; encore ne lui servent-elles point à parer les réalités, mais à se perdre dans des chimères, dont il n'aperçoit même pas qu'elles sont chimériques.

Stendhal n'a pas d'indulgence ; c'est la première vertu du cœur. Elle demande beaucoup de candeur, ou beaucoup de philosophie. Il est naïf, mais point candide ; et pour de la philosophie, il eût fallu une âme plus calme, une misanthropie mieux fondée (par exemple : les hommes ne valent pas cher, mais il faut les prendre tels qu'ils sont,

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