Ouvrir le menu principal
Cette page n’a pas encore été corrigée


446 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

ils jugent avec leur sentiment, trouvent une raison qui les satisfait, et s'y tiennent, prenant pour la vérité le vraisem- blable qui leur agrée. Ce fut le cas de Stendhal, qui n'est vraiment lucide que pour observer les mouvements de son àme propre et des âmes à sa ressemblance, parce qu'il s'exa- mine avec sincérité, pour se connaître, et sans souci de se juger (donc sans être porté à dissimuler ses fautes, ou à les excuser); quant à la connaissance des autres, qui n'ont point l'heiir de lui agréer, ou bien il la néglige, s'ils l'ennuient, ou bien, s'il les déteste, elle se résout dans un jugement simpliste, sommaire, aveugle, et sans appel.

M. Arbelet donne dans le même travers, mais, chez lui, il est plus aimable. Quand on consacre six cents pages à la seule jeunesse d'un homme, on ne peut se défendre d'un certain sentiment pour lui, ni, par la suite, de justifier ce sentiment. Du moins cette indulgence n'est pas cherchée ; et il lui sera beaucoup pardonné pour cela. Non que M. Arbelet épouse toutes les passions de Beyie, ou, si l'on veut, de Henri Brulard (car c'est la vie de Henri Brulard qui natu- rellement lui sert de source principale). Il croit à sa sincé- rité ; mais le sachant passionné, il doute si ses sentiments sont justes, et même s'ils sont vrais.

Les sentiments de sa jeunesse, Stendhal, en les ressusci- tant, ne se les rappelle pas seulement, il les éproirve à nou- veau. Le vieux consul se remet, si j'ose dire, « dans la peau » de l'enfant qu'il fut, et, grâce à une mémoire aiguë, et à une rancune tenace, cette réminiscence devient une revivis- cence. C'est là le curieux de son cas, et ce qui explique l'importance qu'il attache à des enfantillages. Et, s'il les ressuscite avec une telle flamme, c'est que, s'ils ont depuis changé d'objet, ses sentiments n'ont pas changé de nature ; s'appliquant à nouveau sur leur objet ancien, ils n'ont pas à se modifier pour le ressaisir ; bien mieux, la réflexion, et le jugement, n'ayant jamais eu de prise sur l'âme passionnée de

�� �