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442 LA \OU\'ELLE REVUE FRANÇAISE

L'jui se cache sous T autre et fait uti faux éclat, Et jamais, ù ton âge, en ne plaignit Y Etat.

Enfin si les Mémoires d'hommes politiques ne nous offrent pas davantage le tableau d'une vie intérieure, c'est que le sacrifice de cette vie est pour eux l'un de ceux que demande le sei'vice de l'Etat. Comme dit Renan, ils ne font pas orai- son. Il y a une exception apparente, puisqu'un des chefs- d'œuvre de la vie intérieure a été réalisé à Rome par un des maîtres du monde. Mais il était réservé à Marc-Aurèle de donner exactement l'exemple contraire à ce qui constitue chez un roi le plus haut sacrifice qu'il puisse faire à l'Etat : le sacrifice d'un fils, tel que Pierre le Grand l'offrit à son œuvre. La lucidité intérieure de l'auteur du livre A moi- même et l'aveuglement politique du père de Commode s'op- posent comme dans une toile de Rembrandt avec une vérité éternelle.

Et pourtant les hommes politiques ont écrit volontiers des mémoires. Mais si ces mémoires sont mauvais, c'est un peu parce qu'ils appartiennent à un genre qu'on pourrait appeler les mémoires d'avocat. Leurs mémoires sont des plaidoyers, des œuNTes pragmatiques destinées à les défendre devant la postérité. De là les vices de déformation astucieuse et toutes les plaies de la prose avocassière. Les Mcmoirca sur Vhistoircdc mon temps que Guizot rédigea dans sa retraite , YEmpirc libéral moitié histoire moitié mémoires d'Emile OUivicr, toute cette littérature de limogés n'est point en état de grâce pour réa- liser des chefs-d'œuvre. Ces apologies doivent être prises en la flamme vivante du discours, comme ce fut le cas de Démosthène dans le Discmrs sur la Coiinvinc, de Guizot lui- mcmc dans la séance parlementaire du f'ai éU à Gave! ! Mais lorsque le plus grand avocat qui ait existé voulut écrire des mémoires de ce genre, il ne put se rendre à lui-même le ser- vice qu'il avait rendu à Murcna-et à Milon : nous n'avons pas

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