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magnanime, dont votre mort cherche à nous frustrer.

Cléopatre. — Où es-tu, mort ! Viens à moi ! Viens ! viens ! viens ! Emporte une Reine, qui vaut bien, tout de même, un lot de mendiants ou d'enfants nouveau-nés !

Proculéius. — Oh ! du calme, Madame.

Cléopatre. — C'est bien, Monsieur, je ne vais plus rien manger ; plus rien boire, Monsieur. Et s'il est nécessaire d'insister, je ne dormirai plus. Je ruinerai cette enveloppe mortelle, en dépit de César. Sachez-le bien, Monsieur ! je ne supporterai jamais de paraître enchaînée à la cour de César, et sous les yeux dédaigneux de la stupide Octavie ? Pensez-vous que je vais me laisser traîner et exhiber devant la glapissante valetaille de Rome ? Ah ! qu'un fossé d'Egypte m'est un plus agréable tombeau ! Que sur la boue du Nil on m'abandonne nue et en proie aux insectes d'eau dévorants ! qu'on choisisse plutôt pour gibet la plus haute de mes pyramides, qu'on m'y pende et que...

Proculéius. — Vous vous exagérez une horreur qu'aucune pensée de César, croyez-moi, ne justifie.

(Entre Dolabella.)

Dolabella. — Proculéius, César m'envoie vers vous, instruit de tout ce que vous venez de faire. J'ai ordre de vous remplacer et de prendre la Reine sous ma garde.

Proculéius. — Eh bien ! je n'en suis pas fâché, Dolabella. Mais soyez gentil avec elle. (A Cléopâtre) S'il vous plaisait de faire savoir quoi que ce soit à César...

Cléopatre. — Dis-lui que je voudrais mourir.

(Sortent Proculéius et les soldats.)