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380 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

aux hommes et de ce que les plaisirs dont nous nous croyons le mieux assurés sont précisément les plus illu- soires et les plus éphémères. »

« Je n'ai point goûté comme vous faites, dit Arthur, l'ordonnance un peu trop théorique de votre récit. Mais si j'ai quelques fois baillé durant sa préface et son expo- sition, vous conviendrez que j'ai marqué l'attention la plus vive à toute la dernière partie, qui m'a particuliè- rement touché pour une raison que vous ignorez et dont il faut que je vous éclaircisse. A l'étoile bleue de son bras, au diminutif intime qu'elle aimait, et surtout à la nature de ses propos, je n'ai pu méconnaître en la per- sonne de votre parfumeuse cette même Gertrud dont je vous ai tout à l'heure entretenu. Elle ne possédait plus, d'après la fin de votre histoire, cet éclat incomparable et cette fraîcheur qui la mettaient au-dessus de toutes les femmes et de toutes les louanges au temps déjà lointain de nos amours. Je ne pourrais, m'étant toujours tenu au courant de ses aventures, m'étonner qu'une fille aussi galante ait pu vous faire illusion avec si peu d'atouts dans son jeu. Mais je vous sais gré de l'avoir fait dispa- raître : elle commençait à encanailler ma mémoire et à rouler avec le premier venu dans les lieux les moins propices au respect que j'eusse aimé qu'on lui portât. Elle enseignait, vous l'expérimentâtes, Monsieur, à tort et à travers à tous les croquants les méthodes qu'elle tenait de moi et qu'elle galvaudait sans scrupule pour se tailler auprès des jeunes gens une façon de popularité. Aussi ne me restc-t-il plus qu'à vous remercier de ce service involontaire et du compte-rendu que vous m'en avez fait avec tout l'art désirable, malgré ce petit ton

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