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accommodaient à mon gré, mais pour mener à une joie plus noble et plus complète, du sein de laquelle je regardais avec pitié ces pauvres astronomies passées et les enthousiasmes de mes seize ans ! Suprême abolition des catégories, l’amour rendait tout aisé, tout docile, nous n’avions plus de limites à nous-mêmes au moment qu’il s’accomplissait. Nous admettions sans protestation qu’il fût notre maître, mais nous le lui rendions bien. Il se pliait à nos caprices, car nous savions le secret de l’éterniser, de le recommencer, de le suspendre. Nous le connûmes sous toutes ses formes, nous en inventâmes, et nous portâmes dans l’amour nos méthodes d’exaltation. Nous nous y adonnâmes aux confusions de plans, de lieux, d’instants et de durée. Tout prenait un sens érotique et tout devenait autel pour la religion de l’amour. Une factice rivalité d’imagination nous poussa aux fantaisies les plus folles. Nous nous aimâmes dans toutes les contrées, sous tous les toits, dans toutes les compagnies, sous tous les costumes, sous tous les noms. Ce fut un merveilleux voyage de noces. « Gertie, si nous allions aux lacs italiens ? » Nous cherchions à nous décevoir, mais la déception même tournait à la volupté. Au temps précis où l’un de nous perdait le contrôle de soi-même, le second parfois se sauvait dans un autre monde. Le jeu consistait à forcer l’évadé au gîte. Que me fallait-il de plus ? Par moments j’éprouvais le besoin d’être seul et Gertie intervenait, me tourmentait jusqu’à ce qu’un mensonge m’eût débarrassé d’elle. Par moments je me lassais d’être un lutteur à armes égales devant un autre lutteur. Par moments, cela me gênait de dire: nous toujours, jamais: je. Par moments il y