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NOTES 323

avec de la musique ; mais elle sembla superflue, sauf pour évoquer le combat naval. Je reviendrai sur la réalisation totale. Mais je conclus dès à présent sur le point qui nous intéresse : « Comment doit-on jouer le Shakespeare?» en répondant sans hésiter : « Avec moins de décors qu'à l'Opéra. » Dirai-je sans décor? — Oui, plutôt sans décor qu'avec trop de décors. Plutôt au Vieux-Colombier que nulle part ailleurs, dans l'état actuel des choses. C'est dire qu'on renoncera à le refondre et qu'on le jouera intégra- lement, scène après scène. Il y perdra par moment de la force ; mais il y regagnera l'élan, la continuité, la ligne, qui, toute brisée qu'elle soit, est fort belle ; les mots suppléeront au décor. Ici, quelqu'un m'objecte : « Et pour- quoi pas la scène tournante des Allemands ? » Parce qu'il faut le temps qu'elle tourne et que la moindre pause est à proscrire ; on n'arrête pas une symphonie. Parce que, aussi, tout cet appareil est vraiment disproportionné au bout de dialogue pour lequel on le met en branle. Non, une vaste scène (si l'on veut, à compartiments) où l'action ininterrompue se déplacerait sur un beau fond d'architecture : le théâtre de Palladio dont le Vieux-Colombier est le rudi- ment et l'espoir. Ou bien un jeu multiple de rideaux ; ils ont les mêmes avantages et ils permettent de diversifier les effets. Ou bien je l'avouerai... un décor tout de même, et je vais préciser lequel.

La mise en scène d'Antoine et Cléopâtre en achevant de me brouiller avec les palais de carton, m'a réconcilié avec la toile peinte. A plusieurs reprises, presque chaque fois où la scène a lieu en plein air (en particulier au commencement de l'acte III, devant le cap Misène) j'ai eu l'impression du plus parfait accord entre le paysage et l'action. Un cadre neutre et une toile de fond, celle-ci sobre, modeste, à sa place, aussi peu « ballet russe » que possible, représentant exactement les choses comme elles sont, le ciel, la mer, un

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