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NOTES 31?

regretter la vieille traduction de Letourneur dans les petits volumes bleus à vingt-cinq centimes ; elle était sans pré- tention et se laissait lire. La vérité, c'est qu'à poète il faut poète, et à écrivain, écrivain. A preuve justement la ver- sion d'André Gide avec laquelle les lecteurs de cette revue ont déjà pu prendre contact. Je ne leur ferai pas valoir les qualités qui sont les siennes : elles sont filles du talent et aussi — surtout — de l'amour. On sent qu'à chaque phrase, une émulation passionnée a aiguillonné l'écrivain français. Puisqu'en anglais cela vibre, cela pèse, cela scin- tille, cela chante, il ne se tiendra donc pour satisfait, que lorsqu'il aura obtenu que cela vibre, pèse, scintille et chante — • autrement, n'importe ! — en français, et comme sait le français vibrer, peser, scintiller et chanter. Grâce à la très subtile et très précise connaissance qu'il a du poids, de la couleur et de la musique des mots qu'il trace, il réussit presque à coup sûr ; de sorte qu'il semble que chaque phrase ait été re-pensée, re-sentie, re-trouvéc et qu'elle ait spontanément re-jailîi de l'émotion. L'hommage de ce beau français était celui que méritait et qu'attendait le grand vSha- kespeare. Qu'on ne nous dise plus qu'il est intraduisible, n'est-ce pas ?

Voilà pour le détail. Plus délicate est la question de la fidélité dans la présentation de l'ensemble, du moins quand on traduit du même coup pour la lecture et pour la scène : à plus forte raison pour une certaine scène, en ^espèce celle de l'Opéra. C'est que le traducteur doit tenir compte alors et en tout premier lieu, des moyens matériels dont il dis- pose : ils ne sont pas les mêmes aujourd'hui qu'autrefois, ni les mêmes ici et là. Au Vieux-Colombier, comme sur tout théâtre où on accepte de jouer sans décors, le respect absolu de l'ordre et dû la fragmentation des scènes s'im- pose : on aura Shakespeare intégral. A l'Opéra, dont l'énorme plateau exige d'être abondamment et luxueusement

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