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notre histoire la pointe de mon glaive sert de plume à la renommée. J'ai grand espoir encore.

Cléopatre. — Vous revoilà, mon brave Seigneur !

Antoine. — Je me sens triple cœur et me veux les muscles triplés pour un combat sans défaillance : du temps que mes heures coulaient limpides, mes ennemis rachetaient leur vie par un bon mot ; mais à présent je vais serrer les dents et vouer à l'enfer tout l'encombrement de ma route. Viens ! accordons-nous une dernière nuit de liesse. Qu'on rassemble ici mes capitaines assombris. Emplissons encore nos coupes, et nous réveillerons l'aurore.

Cléopatre. — C'est aujourd'hui le jour de ma naissance : je m'apprêtais à le passer tout tristement. Mais puisque mon Seigneur veut bien redevenir Antoine, je vais être de nouveau sa Cléopâtre.

Antoine. — Il y a encore du bon pour nous.

Cléopatre. — Convoquez tous les officiers.

Antoine. — Faites ; il faut leur parler; et je veux que ce soir le vin baigne leurs cicatrices. (se tournant vers ses serviteurs) Mes fidèles amis, servez-moi cette nuit encore ; peut-être pour la dernière fois. Accordez-moi, n'est-ce pas, ces quelques heures, puis... que les dieux vous récompensent. Allons souper ! Venez. Incendions la nuit de mille torches et noyons dans l'ivresse les importunes considérations. Ah ! je sens encore en moi de la sève. Quand, demain, j'irai combattre, je rendrai jaloux de moi la mort même, tant sa faux devra rendre de points à mon glaive. Viens, ma reine !

(Ils sortent tous à l'exception d'Enobarbus).

Enobarbus. — Il prétend éclipser l'éclair. Sa frénésie