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lié LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

citrouilles de dix livres, Bibliothèque Bleue ou Grand Cyrus. De sorte qu'un regard jeté sur notre roman nous amène à une conclusion assez curieuse. La copieuse série romanesque et féministe que M. Scillière nous montre allant de la littéra- ture courtoise à la Nouvelle Héloïse existe, forme en somme pendant quatre siècles le fond et le courant du roman fran- çais. Mais ce n'est guère qu'en réagissant contre elle et en la niant que le roman produit quelque chose de bon. Don Qui- chotte, qui est le premier roman moderne de génie, l'est contre les Amadis. Pourquoi Rabelais ouvre-t-il une source inta- rissable de joie ? Parce que nous nous y débarbouillons de tout romanesque. Il est singulier qu'un livre aussi réservé exclusivement à l'homme, aussi hermétiquement fermé à la femme soit resté un des livres canoniques du peuple le plus profondément imprégné d'odor di fcmitia. Ou plutôt c'est très naturel. La Princesse de Clèves est aussi ennemie du roma- nesque que Manon Lescaut, et Gil Blas que Candide. Si Rous- seau fait entrer dans le monde supérieur du style et de la vie ce romanesque demeuré jusqu'à lui dans le terreau de la littérature, il ne donnera après lui aucun chef-d'œuvre, et Madame Boi'ary sera au romanesque moderne ce que Don Quichotte était au romanesque du Moyen-Age. De sorte que le romanesque de la Nouvelle Héloïse est aussi isolé, aussi exceptionnel dans l'ordre de la beauté qu'il est, dans l'ordre de l'existence sociale, relié à d'innombrables antécédents et à d'innombrables suites. L'art a fait sur son terrain cette police que M. Seillière voudrait que la société fît sur le sien, Le romanesque n'a été démasqué et chassé que par le roman, cette lance d'Achille de la littérature.

ALBERT THIBAUDET

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