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90 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

Grimstad, si Taccès en est maussade, est du moins agréablement situé, joliment environné de bois de sapins, et le pays derrière, sans grands accidents de terrain, assez bien cultivé, coupé de bois et de lacs, est plutôt riant. Mais le village lui-même n'était guère engageant, avec ses maisons isolées ou par groupes, ses rues et ses espaces libres impraticables quand il y avait de la boue, et le bétail qui venait parfois jusque dans les rues. 11 comptait alors 850 habitants, presque uniquement occupés à construire des navires dans toutes les petites criques du voisinage, ou à naviguer. La marine marchande se développait rapidement, et la petite ville était prospère. On y menait une vie frugale, simple et tranquille. En hiver, dans les rues sans aucun éclairage, parcourues au milieu par le ruisseau, ^on pouvait voir, par bien des fenêtres dépourvues de stores, les familles assises autour d'une table où brûlait une seule chandelle \ et cela, même dans la " grande rue ". Comme à Skien, un petit nombre de familles formaient une sorte d'aristocratie bourgeoise locale, orgueilleuse et peu accueillante aux nouveaux venus, même de position similaire. Les familles de capitaines-mar- chands se mariaient entre elles. Chacun devait se tenir décemment et à son rang. La crainte de l'opinion était paralysante et restreignait les actes et même les pensées de chacun. Bjœrnson a décrit

^ Chr. Due : Ertndringer fra Henrik Ibsens Ungdomsaar, p. 13.

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