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LES REVUES 9I9

leurs maîtres dire que toute cette "saleté à un penny ", comme on l'appelait d'après le prix de Chicago, d'un penny par exemplaire, était un poison pour l'esprit des enfants.

Quand on m'attrapait en train de lire Nick Carter, on me disait que j'étais tombé au niveau social des petits télégraphistes et des voyous des courses.

Je me rappelle que fréquemment j'empruntais des exemplaires (quand je n'en pouvais acheter) d'un drôle déjeune homme spirituel, qui était opérateur télégraphiste dans une tour à signaux sur un des grands réseaux transcontinentaux, passant auprès d'une ville des plaines dans le South-Dakota, que ma famille habitait.

Il passait ses nuits à lire les épopées qu'il recevait d'un employé des chemins de fer sympathique, qui allait de Chicago à la côte du Pacifique et qui passait tard dans la nuit. Souvent j'ai veillé avec lui, en attendant ce train qui apportait un tas de Nick Carter, pendant que ma famille croyait que j'étais chez un de mes camarades, étudiant le latin pour mes examens préparatoires. Les gens de la ville disaient que l'opérateur télégraphique était un jeune homme dégénéré, qui lisait des " saletés à un penny ", et ainsi de suite.

Et je suis sûr que si on avait su qu'il donnait des exemplaires de cette littérature défendue à de jeunes garçons, les chefs du personnel de la ligne lui auraient ôté son emploi sur la plainte des citoyens vertueux de la ville parce qu'il corrompait la jeunesse.

Et M. Harrison Reeves signale " cette sorte d'embarras et de honte à propos de l'originalité " dont souffrit plus tard Walt Whitman, et " qui a été une des causes les plus considé- rables parmi celles qui ont retardé le développement intellectuel du Nouveau-Monde. "

Mémento :

— La Revue Bleue (28 Mars) : "L'arc d'Ulysse de Gerhardt Hauptmann ", par A. Bossert.

— Les Marches de l'Est (Mars) : " La question des langues en Belgique ", enquête dirigée par Georges Ducrocq et Dumont- Wilden.

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