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862 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

est la sincérité des petites gens. Les grandes âmes n*ont pas besoin d'être modestes : elles sont sincères ; et cette vertu suffit.

Stendhal avoue ce que non pas la pudeur, mais la vanité arrête sur les lèvres d'un homme. 11 est bien trop aristocrate pour avoir souci d'être moqué. Je soupçonne qu'il s'en amuse.

Voilà ce fameux dragon, qui veut qu'on prenne toute femme au galop et à la charge, dès la seconde entrevue. Pas un reître comme lui, ni mieux monté, ni cavalier d'équitation plus vite, pur sang sur pur sang ; et pas un qui aime mieux la course, qui se préoccupe plus assidûment de la chevauchée. Or, il lui arrive sans cesse de manquer la coche et de rester au relais. Quand il y va de la gloire et de cet honneur amoureux qui est la vie même, il perd l'étrier : une ombre le démonte, une idée le désarçonne, un souffle, un cri. Et le dragon de Marengo n'est même plus un fantassin : il a mal aux pieds. Loin de brûler trois postes ou quatre, il a l'entorse ; et il lui faut dormir sur place.

Telle est son admirable sincérité, qu'il confesse Taccident, et presque l'infirmité, tant elle lui est propre. Il se punit ainsi d'y être sujet. Qui la saurait sans lui ? Qui pourrait en rire, s'il n'avait pas voulu qu'on en rît ?

Je ne ris pas de Stendhal en sa disgrâce. Je l'en admire davantage. Il n'est jamais grossier, là où

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