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CHRONIQUE DE CAERDAL 855

d'y pénétrer, vous êtes contraints d'y entrer à genoux. Certes, il n*est pas d'ironie qui vaille celle-là : un roi d'Europe, une espèce de sergent à cent galons, qui bâille à la lecture de Rouge et Noir ; un tsar trop faible d'esprit pour achever Y Idiot, Reste à la porte, esclave. Va plutôt ouvrir le bal des épiciers, ou bénir la Neva, imbécile.

L'artiste est dangereux. Il est sûr que le souve- rain-poète abolit, pour son compte, toutes les coutumes, tous les préjugés et toutes les lois. Il fait la loi, selon soi-même ; et il substitue à votre misérable cité un monde où il vous force, bon gré mal gré, à ne prendre connaissance que de lui. Et que vous ne vous en doutiez même pas, c'est le plus divin de ses plaisirs, peut-être. Un Dieu noble doit jouir de ses athées : échapper enfin à l'adoration des coquins et des habiles !

Le monde de Stendhal est moins varié et moins étrange que l'univers de Shakspeare ou de Dostoïevsky ; mais il n'en porte pas moins la ressemblance de son maître. Et pensant aux héros qu'il a modelés d'une main si impérieuse, quand je veux les peindre, je ne peins que lui.

Les livres de Stendhal sont les poèmes de l'action : l'amour étant l'action de la femme et du jeune homme. L'homme en passion est toujours jeune.

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