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��CHRONIQUE DE CAERDAL

XXVII DIAPRES STENDHAL

Protée est comédien : il prend toute sorte de figures, et n'en a aucune. Il est d'argile, que pétrit le jeu de la lumière et de Tombre. Il n'a point de squelette, ni os ni échine.

Il n'en va pas ainsi des grands poètes : ils sont profondément ce qu'ils sont, et bien plus encore ce qu'ils veulent être. Pour eux, être soi-même, c'est presque toujours garder son plus rare secret au moment où l'on révèle ses divers mystères. Ils sont femme et ils sont homme, et cent fois pour une. La figure qu'ils montrent n'est pas d'emprunt, mais l'une de celles qu'ils ont, et plus souvent encore celle qu'ils veulent avoir, sans oser la prendre dans l'action, ou sans en trouver les moyens. On n'a pas toujours le temps d'être héroïque. Le crime est en eux, et toutes les vertus. Leurs plus fameux exploits sont dans leurs livres. Et moins l'amour, leurs œuvres sont toute leur vie, et leur fatale aventure.

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