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RÉFLEXIONS SUR LA LITTERATURE Jll

de récrivain et la technique de son art. Mais précisément le fond et 1.1 forme constituent deux ordres que ce livre ne permet pas de séparer. Le Pax qui lui sert de place centrale, il semble que les puissances de la Grande Pitiés laissées à elles- mêmes, le prolongeraient plus loin que l'auteur ne l'a conduit, et moins encore vers une absolution oi!i personne, même les Accroupis, ne serait coupable, que vers un examen de conscience qui ne permettrait à personne de s'absoudre à bon compte du péché qu'il dénonce et condamne chez autrui.

    • Moi-même, dit M. Barrés, j'ai prêché cette grande thèse

triste : Laissons aller à la mort ce qui veut mourir. Mais il s'agissait de Venise et de favoriser le plaisir des esthètes. Quand nous parlons des églises de France, c'est leur esprit, la réalité qu'elles protègent, le contenu et le contenant que nous voulons maintenir. " Bien. Nous entendons que M. Barrés se garde ici, avec d'intelligentes précautions, de draper sa défense des églises dans le manteau funèbre de Chateaubriand, d'aimer en elles une beauté passée qui ferait cortège à sa vie descendante, et, comme les femmes d'un roi barbare, l'accompagnerait dans la mort. Pourtant qui sait si autour de lui un peu du manteau ne se discerne pas encore ? L'auteur de la Mort de Venise respirait sur la lagune tous les bouquets défaits de Chateaubriand, et c'est au nom de la beauté, du " plaisir des esthètes ", qu'il défend de toucher à la misère, à la décomposition et à la fièvre de Venise. Comme tous ceux qui exigent qu'une ville croupisse dans son ordure pittoresque, il parle en étranger qui passe, non en Vénitien qui demeure, et c'est son droit. Disons donc qu'il s'agit de Venise, et de favoriser le plaisir des étrangers, du peuple d'esthètes que gouverne le conseil des dix établi par M. Barrés. Au contraire, quand les églises françaises sont en jeu il s'agit de favoriser le plaisir, la culture, la civilisation des Français, qui, du plus humble au plus grand, y trouvent néces- sairement, en tant que Français, les conditions et la figure de leur accord avec le passé et de leur confiance dans l'avenir.

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