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702 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE]

— Pourquoi me réveiller ? si c'est pour me réveiller| criminel. Il lui saisit le bras : — Ne comprenez-vous ps que j'ai l'impunité en horreur ? Que me reste-t-il à faire à présent ? sinon, quand le jour paraîtra, me livrer.

— C'est à Dieu qu'il faut vous livrer, non aux hommes. Si mon père ne vous l'avait point dit, je vous le dirais à] présent : Lafcadio, l'Eglise est là pour vous prescrire votri peine et pour vous aider à retrouver la paix, par-delà votre repentir.

Geneviève a raison; et certes Lafcadio n'a rien de miei à faire qu'une commode soumission ; il l'éprouvera tôt ou tard, et que les autres issues sont bouchées... Fâcheux que ce soit cette andouille de Julius qui lui ait conseillé cela d'abord !

— Quelle leçon me récitez-vous là, dit-il hostilement. Est-ce vous qui me parlez ainsi ?

Il laisse aller le bras qu'il retenait, le repousse ; et tandis que Geneviève s'écarte, il sent grandir en lui, avec je ne sais quelle rancune contre Julius, le besoin de détourner Geneviève de son père, de l'amener plus bas, plus près de lui ; comme il baisse les yeux, il distingue, chaussés de petites mules de soie, ses pieds nus.

— Ne comprenez-vous pas que ce n'est pas le remords que je crains, mais...

Il a quitté son lit ; il se détourne d'elle ; il va vers la fenêtre ouverte ; il étouffe ; il appuie son front à la vitre et ses paumes brûlantes sur le fer glacé du balcon ; il voudrait oublier qu'elle est là, qu'il est près d'elle...

— Mademoiselle de Baraglioul, vous avez fait pour un criminel tout ce qu'une jeune fille de bonne famille peut tenter ; même presque un peu plus ; je vous en remercie

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