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LES CAVES DU VATICAN 695

il eût donné la tour à l'adversaire, et, comme si l'événe- ment tout à coup lui faisait le gain trop facile et désinté- ressait tout son jeu, il sentait qu'il n'aurait de cesse qu'il n'eût poussé plus loin le défi.

Il dîna dans une trattoria voisine, pour n'avoir pas à se mettre en habit. Sitôt après, rentrant à l'hôtel, il aper- çut, à travers la porte vitrée du restaurant, le comte Julius, attablé en compagnie de sa femme et de sa fille. Il fut frappé par la beauté de Geneviève qu'il n'avait pas revue depuis sa première visite. Il s'attardait dans le fumoir, attendant la fin du repas, lorsqu'on vint l'avertir que le comte était remonté dans sa chambre et l'atten- dait.

Il entra. Julius de Baraglioul était seul ; il s'était remis en veston.

— Eh bien ! l'assassin est coffré, dit-il aussitôt en lui tendant la main.

Mais Lafcadio ne la prit pas. Il restait dans l'embrasure de la porte.

— Quel assassin ? demanda-t-il.

— L'assassin de mon beau-frère, parbleu !

— L'assassin de votre beau-frère, c'est moi.

Il dit cela sans trembler, sans changer de ton, sans baisser la voix, sans un geste, et d'une voix si naturelle que Julius d'abord ne comprit pas. Lafcadio dut se répéter :

— On n'a pas arrêté, vous dis-je, l'assassin de Monsieur votre beau-frère, pour cette raison que l'assassin de Monsieur votre beau-frére, c'est moi.

Lafcadio aurait été d'aspect farouche, que peut-être Julius aurait pris peur ; mais son air était enfantin. Même

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