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62 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

— Pour vous obliger... oui, vous pourrez passer les prendre à 2 heures. A quel nom ?

Alors, sur la feuille que lui tendit l'homme, sans trembler, sans rougir, mais le cœur un peu sursautant, il signa

LAFCADIO DE BARAGLIOUL

— Ce faquin ne me prend pas au sérieux, se dit-il en partant, piqué de ne recevoir pas un salut plus profond du fournisseur. Puis, comme il passait devant la glace d'une devanture : Il faut reconnaître que je n'ai guère l'air Baraglioul ! Nous tâcherons d'ici tantôt de nous faire plus ressemblant.

Il n'était pas midi. Lafcadio, qu'une exaltation fantasque emplissait, ne se sentait point d'appétit encore.

— Marchons un peu, d'abord, ou je vais m'envoler, pensait-il. Et gardons le milieu de la chaussée; si je m'approche d'eux, ces passants vont s'apercevoir que je les dépasse énormément de la tête. Une supériorité de plus à cacher. On n'a jamais fini de parfaire un appren- tissage.

Il entra dans un bureau de poste.

— Place Malesherbes... ce sera pour tantôt ! se dit-il en relevant l'adresse du comte Juste-Agénor dans un annuaire des téléphones. — Mais qui m'empêche ce matin de pousser une reconnaissance jusqu'à la rue de Verneuil ? (c'était l'adresse inscrite sur la carte de Julius.)

Lafcadio connaissait ce quartier et l'aimait; quittant les rues trop fréquentées, il fit détour par la tranquille rue Vaneau où sa plus jeune joie pourrait respirer mieux à l'aise. Comme il tournait la rue de Babylone il vit des

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