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LES CAVES DU VATICAN 67 1

avait assez duré, ramassa le pince-nez, le déposa dans le chapeau du quêteur, puis s'enfuit, éludant les remercie- ments.

Le repas était commencé. A côté de la porte vitrée, à droite du passage, Lafcadio s'assit à une table de deux couverts ; la place en face de lui restait vide. A gauche du passage, à même hauteur que lui, la veuve occupait, avec sa fille, une table de quatre couverts dont deux restaient inoccupés.

— Quel ennui règne dans ces lieux ! se disait Lafcadio, dont le regard indifférent glissait au-dessus des convives sans trouver figure où poser. — Tout ce bétail s'acquitte comme d'une corvée monotone de ce divertissement qu'est la vie, à la bien prendre... Qu'ils sont donc mal vêtus ! Mais, nus, qu'ils seraient laids ! Je meurs avant le dessert si je ne commande pas du Champagne.

Entra le professeur. Apparemment il venait de se laver les mains qu'avait souillées du bout sa recherche ; il examinait ses ongles. En face de Lafcadio un garçon de restaurant le fît asseoir. Le sommeiller passait de table en table. Lafcadio sans mot dire, indiqua sur la carte un Montebello Grand-Crémant de vingt francs, tandis que Monsieur Defouqueblize demandait une bouteille d'eau de Saint-Galmier. A présent, tenant entre deux doigts son pince-nez, il haletait dessus doucement, puis, du coin de sa serviette, il en clarifiait les verres. Lafcadio l'observait, s'étonnait de ses yeux de taupe clignotant sous d'épaisses paupières rougies.

— Heureusement il ne sait pas que c'est moi qui viens de lui rendre la vue ! S'il commence à me remercier, à l'instant je lui fausserai compagnie.

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