Page:NRF 11.djvu/661

Cette page n’a pas encore été corrigée


LES CAVES DU VATICAN 6^^

poète espère en vain récompense. Désormais je n'attends plus rien que de moi. Désormais j'attends tout de moi ; j'attends tout de l'homme sincère ; et j'exige n'importe quoi ; puisqu'aussi bien je pressens à présent les plus étranges possibilités en moi-même. Puisque ce n'est que sur le papier, j'ose leur donner cours. Nous verrons bien ! Il respirait profondément, rejetait l'épaule en arrière, soulevait l'omoplate à la manière presque d'une aile déjà, comme si l'étouffaient à demi de nouvelles perplexités. Il poursuivait confusément, à voix plus basse :

— Et puisqu'ils ne veulent pas de moi, ces Messieurs de l'Académie, je m'apprête à leur fournir de bonnes raisons de ne pas m'admettre ; car ils n'en avaient pas. Ils n'en avaient pas.

Sa voix devenait brusquement presque aiguë, scandant ces derniers mots ; il s'arrêtait, puis reprenait plus calme :

— Donc, voici ce que j'imagine... Vous m'écoutez ?

— Jusque dans l'âme, dit en riant toujours Lafcadio.

— Et me suivez ?

— Jusqu'en enfer.

Julius humecta de nouveau son mouchoir, s'assit dans un fauteuil ; en face de lui, Lafcadio se mit à fourchon sur une chaise :

— Il s'agit d'un jeune homme, dont je veux faire un criminel.

— Je n'y vois pas difficulté.

— Eh ! eh ! fît Julius, qui prétendait à la difficulté.

— Mais, romancier, qui vous empêche ? et du moment qu'on imagine, d'imaginer tout à souhait.

— Plus ce que j'imagine est étrange, plus j'y dois apporter de motif et d'explication.

�� �