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532 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

têtes pressées, un peu conventionnelles, rapides et peu vivantes ; je crois qu'allégé de moitié il eût beaucoup gagné. Mais l'étude de jeune fille qui en fait le centre est extrêmement intéressante, et le roman laisse une impression d'intelligence beaucoup plus que de vie : ce qui est d'ailleurs assez fréquent dans les œuvres féminines. La Clarisse de Tu es Femme est elle-même un type d'intelligence un peu naïve, dont toute la vie est de croire à la valeur absolue de la Pensée, de l'esprit, mais qui, ne pouvant que par l'amour de l'homme s'approcher de cet idéal, est prise dans une contradiction, de sorte que son existence n'est qu'échecs, et, tout à la fin, sacrifice résigné, conscient, éclairé d'un peu de paix que l'on sent bien provisoire... Des scènes du monde féministe, çà et là, sont prises sur nature et assez amusantes. Si malgré tout on supporte les longueurs de ce bon roman, c'est que sa qualité principale est un style très sûr plein d'aisance et de santé naturelle : une qualité d'honnête travail que les lecteurs de romans ont de moins en moins l'occasion de goûter. L'auteur écrira, je crois, des œuvres remar- quables quand elle ou il ne se croira pas obligé d'en bourrer tous les vides en y amassant des silhouettes falotes. J'en tire toujours ceci, à l'intention de ceux qui aiment les " pensées " : " Pour que l'amour soit tout l'amour, il y faut encore de l'amitié, et qu'elle y devienne solide, comme au cœur des beaux fruits le noyau incassable. "

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Portraits de sentiment, par Edmond Pilon (Mercure de France).

En marge de la littérature et de l'histoire, M. Edmond Pilon a réuni dans ce volume cinq essais particulièrement heureux, où il fait vivre à sa façon, des personnages chers à son âme : Daniel de Foë ; Suite au récit du chevalier des Grieux ; Louis Chénier ; Madame Daubenton et sa famille ; le général Marceau et M"« des Melliers.

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