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5IO LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

amener contre la lourde porte de fer pour en avoir raison, cela reste inoubliable. Et tout Léon Bloy est dans le merveilleuse- ment ubuesque morceau qui s'appelle le Moi et qui place en cinq pages vertigineuses toute la guerre de 1870 sous l'invoca- tion de Cambronne, " cet Archi-Mot toujours surprenant que les Anges n'osent balbutier et qui paraît avoir cinq millions de lettres...

" J'ai su l'histoire d'un pauvre homme capturé par les dragons de Rheinhaben et qui, fou de la honte et du désespoir de n'avoir pu se faire tuer, crachait aux Allemands, le Mot unique et le recrachait sans cesse, en même temps que son écume, avec une si furieuse volonté de réprobation et d'outrage qu'on lui fit la grâce de le fusiller.

" Or c'était un professeur de rhétorique et même, je crois, un petit poète ! "

De Cambronne à Victor Hugo, de Victor Hugo à Léon Bloy, quelle trajectoire d'étoile filante peut décrire en beauté un seul mot, et décrié, de notre langue ! Les Lacédémoniens chassèrent un musicien coupable d'avoir ajouté une corde à la lyre traditionnelle, et Léon Bloy nous dirait peut-être que le pauvre Jarry, qui avait du génie, connut tous les malheurs, du jour où il adjoignit au Mot, créé complet et parfait, la sonorité superflue et hagarde, Taérolithe, d'une sixième lettre !

A. T.

��L'ENTRAVE, par Colette {Colette Willj). (Librairie des Lettres, 3 fr. 50.)

Renée Néré, l'ombrageuse vagabonde, se raconte à nous : elle nous dit à quels appels sa défiance de l'illusion sentimentale s'est abandonnée ; par quels chemins secrets, conduite à l'amour, elle s'est sentie peu à peu " envahie, ralentie, adoucie, changée..." Le don de s'émouvoir avec une intensité que le temps diminue

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