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506 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

toge professorale contre le péplum du collège d’athlètes.

M. Georges Rozet a apporté sur les " grounds " de football ou autour des " rings " les procédés d’histoire et de critique littéraire, le sens esthétique, les trésors d’érudition, d’idées générales et d’éloquence, qu’il doit, au moins en partie, à de pacifiques universitaires de la rue d’Ulm qui n’étaient rien moins sans doute que des " athlètes complets ". Maître de sa langue et de son style, il évoque en présence des performances modernes les performances antiques ; aux jeux olympiques de Stockholm il se souvient de l’ode de Pindare et des magnificences des stades grecs ; devant le coloured man Sam Langford il songe aux " frêles David de la Renaissance italienne ", et au Mars Borghèse devant les fusiliers marins du lieutenant Hébert. Mais la merveille c’est que les divers aspects de la vie sportive fassent si naturellement surgir sous la plume de M. Rozet telles considérations de philosophie bergsonienne, par exemple, ou de pragmatisme. Je me rappelle notamment une chronique de V Opinion, véritable petit chef-d’œuvre d’humour, où ce norma- lien émancipé et râblé critiquait, du point de vue de l’athlétisme et, plus précisément, de l’entraînement d’un boxeur, les théories de spécialisation à outrance de M. Durkheim. Cela faisait son- ger à certaines pages des Philosophes Classiques de Taine. M. Rozet appelle quelque part M. Hamish Stuart " le Sarcey du rugby. " Il est, lui, le Lemaître d’autres Contemporains.

L’auteur des Fêtes du Muscle (et de la Défense et Illustration de la race française^ se devait de consacrer une étude à la littérature sportive et à son avenir. C’est par elle que s’ouvre le volume. Je n’ai pas besoin de dire qu’elle est d’une indulgence touchante qui s’étend indistinctement, en dépit des différences d’écriture et de tempérament, à tous nos auteurs de " fabliaux " sportifs, les Henri de Régnier, les Abel Hermant, les Rosny, les Mirbeau, les Tristan Bernard, les Henri Kistemaeckers, les Robert Dieudonné, les Louis Hémon et autres collaborateurs de l'Auto et de l'Aéro. J’avoue que je