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NOTES


WOLF DOHRN.


Wolf Dohrn est mort ! Je relis, atterré, le télégramme que vient de m'adresser Salzmann et je ne puis croire encore à l'affreuse nouvelle. L'idée de la mort et celle de ce jeune homme en pleine force, en pleine joie, en plein succès, sont si difficiles à associer ! Il était en Suisse, son pied a glissé et il est tombé d'un seul coup, comme une tour. Dans le chemin de neige qu'il suivait il n'y avait qu'une seule pierre et c'est sur elle qu'il s'est cassé la tête. C'est fini, je ne verrai plus sa loyale figure, ses bons yeux confiants, cette âme qui s'ouvrait jusqu'au fond, naïvement assurée d'elle-même, ce petit sourire vaillant qu'il avait au milieu des difficultés et des contradictions ; je ne serrerai plus sa grosse main d'homme d'armes. Adieu ! Gruss, Wolf!

C'était un de ces êtres puissants qui, quand ils croient à une chose juste et belle, n'y croient pas à moitié et chez qui l'idée n'est pas séparable de la réalisation, un de ces hommes en qui tout tient ensemble, l'intelligence, le cœur, l'argent, la volonté, l'estomac, et qui donnent de toute leur masse, non pas sans réflexion mais sans réserve, un remueur de foules, un bâtisseur de villes. Sur la colline au dessus de Dresde, au milieu des bois de pins, on voit celle qu'il a plantée, Hellerau, et au milieu d'elle ce grand édifice dont Jaques-Dalcroze et lui avaient rêvé de faire l'atelier de l'art futur, le laboratoire d'une humanité nouvelle. C'est là où l'autre jour nous avons salué son catafalque. Le reste, une poignée de cendres, ce que