Page:NRF 11.djvu/49

Cette page n’a pas encore été corrigée


LES CAVES DU VATICAN 43

On ne pouvait le nier : le dernier livre de Julius avait mauvaise presse. Bien qu'il fût fatigué, le romancier par- courut les découpures des journaux où Ton citait son nom sans bienveillance. Puis il ouvrit une fenêtre et respira Tair brumeux de la nuit. Les fenêtres du cabinet de Julius donnaient sur des jardins d'ambassade, bassins d'ombre lustrale où les yeux et l'esprit se lavaient des vilenies du monde et de la rue. Il écouta quelques instants le chant pur d'un merle invisible... Puis rentra dans la chambre où Marguerite reposait déjà.

Comme il redoutait l'insomnie il prit sur la commode un flacon de fleurs d'oranger dont il faisait fréquent usage. Soucieux des prévenances conjugales il avait pris cette précaution de poser en contrebas de la dormeuse la lampe à la mèche baissée ; mais un léger tintement du cristal, lorsqu'ayant bu il reposa le verre, atteignit au profond de son engourdissement Marguerite qui, poussant un gémissement animal, se tourna du côté du mur. Julius, heureux de la tenir pour éveillée, s'approcha d'elle et tout en se déshabillant :

— Veux-tu savoir comment mon père parle de mon livre ?

— Mon cher ami, ton pauvre père n'a aucun senti- ment littéraire, tu me l'as dit cent fois, murmura Marguerite qui ne demandait qu'à dormir. Mais Julius avait trop gros coeur :

— Il dit que je suis inqualifiable d'avoir écrit ces sornettes. Il y eut un assez long silence où Marguerite plongea,

perdant de vue toute littérature ; et déjà Julius prenait son parti d'être seul ; mais elle fit, par amour pour lui, un grand effort, et revenant à la surface :

�� �