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454 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

faisait Flcurissoire ; et Bardolotti, tout en le nettoyant, continuait :

— Toutefois je comprends vos scrupules ; et, pour les respecter, je vous offrirai tout d'abord une petite besogne sans éclat, qui vous fournira l'occasion de vous relever et mettra votre dévouement à Tépreuve.

— C'est tout ce que j'attends.

— Voyons, cher abbé Cave, vous avez sur vous ce petit chèque ?

Protos sortit un papier de la poche intérieure de son sayon.

— Circonvenus comme nous sommes, reprenait le cardinal, nous avons parfois quelque mal à toucher les espèces des offrandes que quelques bonnes âmes secrète- ment sollicitées nous envoient. Surveillés à la fois par les francs-maçons et par les jésuites, par la police et par les bandits, il ne convient pas qu'on nous voie présenter des chèques ou des mandats aux guichets des postes et des banques où notre personne pourrait être reconnue. Les aigrefins dont vous parlait tantôt l'abbé Cave ont jeté sur les collectes un tel discrédit 1 (Protos cependant pianotait impatiemment sur la table.) Bref voici un modeste petit chèque de six mille francs que je vous prie, mon fils, de bien vouloir toucher à notre place ; il est tiré sur le Credito Commerciale de Rome par la duchesse de Ponte- Cavallo ; bien qu'adressé à l'archevêque, le nom du destinataire par prudence est laissé en blanc, de manière que le puisse toucher n'importe quel porteur ; vous le signerez sans scrupule de votre vrai nom, qui n'éveillera pas les soupçons. Veillez bien à ne pas vous le laisser voler, ni... Qu'avez-vous, mon cher abbé Cave ? Vous semblez nerveux.

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