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426 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

poésie de Richard Wagner ; ni vous non plus, je le suppose.

Je me suis promené dans les endroits où il me serait loisible de rencontrer ces Messieurs qui donnent le ton. D'abord, ce fut un charmant dîner en cabinet particulier. J'étais à l'extrême de l'avant-garde. Des étrangers, de passage à Paris, étaient conviés, comme moi, par une aimable hôtesse dont le goût sûr, mais osé, oriente l'élite des artistes d'aujourd'hui. — " Chère amie, et ce Parsifaly vous y étiez hier ? " Les hors-d'œuvre, le caviar gris, les salades savantes passaient devant nous ; je ne savais que choisir ; j'insistai : " Parsifaî^ ma chère, eh bien ? " Un geste familier, celui du barbier quand il vous tond la mâchoire, fut la première réponse à mon anxieuse enquête. — Il paraît que mes amies ne trouvent plus Parsifal (je crois que je pourrais écrire : Wagner) dans la vie. On a du respect, oui, encore, ce respect qu'envie la jeunesse, dont l'âge mûr commence à trembler, que les vieux troqueraient contre n'importe quelle marque de tendresse. La conversation fuyait toujours vers d'autres lieux, vers Moscou où, racontait-on, les femmes artistes peignent, au travers de leur visage, des wagons et des locomotives, teignent leurs cheveux en vert. La Russie délire, elle va encore nous étonner ; c'est de la Russie que vient la lumière. J'étais bien de cet avis, l'an dernier, quand nous applaudissions le Sacre du Printemps, d'Igor Stravinski, avec la plupart des cadets de la musique, qui installèrent aussitôt, sur les bords de la Seine, avec la rage de l'en- thousiasme, les exercices rythmiques de la Demoiselle Elue. Nous sommes tout acquis à Stravinski ; naguère on l'eût appelé vi'agnérien, car Wagner englobait, incarnait

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