Page:NRF 11.djvu/418

Cette page n’a pas encore été corrigée


412 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

Déroulède répond : " Laissons TEspagne, mon général, et les pronunciamentos. Mais qu*on mette la France debout, et vous verrez quelle taille elle a ! " — Un mystérieux visiteur était venu lui dire la veille : " Que feriez-vous si demain le duc d'Orléans paraissait tout à coup au milieu de vos amis ? — Est-ce un avis ou une invite ? — Une question. — Voilà ma réponse, dit Déroulède, je lui mettrais la main au collet. " C*est tout l'homme; il a son idéal précis et point un autre : relever la France par la République au prix du désespoir, de la défaite, il n'en changera pas, il n'en démordra pas. — Il est jugé, condamné, exilé ; tel il est sorti, tel il rentrera ; mais les politiciens refusent ses services. Son action ne peut plus être qu'un geste protestataire, le geste du serment renouvelé sur les tombes de Champigny et à la Statue de Strasbourg. Il sait qu'il a le devoir de le faire, tout gratuit qu'il semble, et dût-on en sourire ; tant qu'un Déroulède proteste, c'est que la France n'abdique pas. 11 repousse les offres qui lui sont faites de la part de l'Académie : " Je ne suis rien, dit-il, qu'un sonneur de clairon. Je ne veux pas, je ne peux pas être autre chose... Peut-on monter sur une borne, quand on porte un habit vert } " Et il meurt simplement, dans la même pensée ; trop simplement, car c'est en vain qu'il aura commis l'imprudence de se faire traîner jusqu'à Champigny-la-Bataille, au jour anniversaire que

�� �