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LES CAVES DU VATICAN 2^

perplexes. Quelques instants ils demeurent silencieux.

— Ma pauvre amie ! dit enfin Marguerite. Mais à cette occasion s'afiîrme une fois de plus la différence entre le caractère des deux sœurs. L'âme de Marguerite est taillée dans cette étoffe admirable dont Dieu fait proprement ses martyrs. Elle le sait et aspire à souffrir. La vie malheureusement ne lui accorde aucun dommage ; comblée de toutes parts, sa faculté de bon support en est réduite à chercher dans de menues vexations son emploi ; elle met à profit les moindres choses pour en tirer égratignurc ; elle s'accroche et se raccroche à tout. Certes elle sait s'arranger de manière k ce qu'on lui manque ; mais Julius semble travailler à désœuvrer toujours plus sa vertu ; comment s'étonner dès lors qu'elle se montre auprès de lui toujours insatisfaite et quintcuse. Avec un mari comme Anthime, quelle belle carrière ! Elle se pique à voir sa sœur savoir en profiter si peu ; Véronique en effet se dérobe aux griefs ; sur son indéfectible onction souriante tout glisse, sarcasme, moquerie — et sans doute elle a pris son parti depuis longtemps de l'isolement de sa vie ; Anthime au demeu- rant n'est pas méchant pour elle, et peut bien dire ce qu'il veut ! Elle explique que s'il parle si fort, c'est qu'il est empêché de remuer ; il s'emporterait moins s'il était plus ingambe ; et comme Julius demande où il peut être allé?

— A son laboratoire, répond-elle; et à Marguerite qui demande si l'on ne ferait pas bien d'y passer voir — car il pourrait être souffrant, 'après une telle colère ! elle assure qu'il vaut mieux le laisser se calmer tout seul et ne pas prêter trop d'attention à sa sortie.

— Achevons de dîner tranquillement, conclut-elle.

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