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342 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

logie du caractère bourguignon, dont l'écorce d'indifférence joviale, malicieuse et brutale recouvre un fonds réel de sensi- bilité silencieuse. Surtout il reste fidèle à son sentiment per- sonnel de l'existence, à cette philosophie de la vie, dont la trame parfois disparaît sous la fantaisie de broderies aux voyantes couleurs.

Cette philosophie toute faite d'opposition, M. Gaston Roupnel l'avait déjà symbolisée dans le personnage de Nono ; dans le Vieux Garain, il donne à cette opposition une forme nouvelle, plus indirecte et moins apparente : il dissimule sous des teintes grises, voilées, les deux fragments du récit qui encadrent les expériences, vivement enluminées, de cette " fine gouape " : d'une part, la jeunesse de Gilles jusqu'à la mort de sa sœur Catherine ; de l'autre l'histoire de Marie- Rose et du mariage avec la Mailloche. M. Gaston Roupnel par là trahit son secret penchant et le véritable objet auquel il souhaite atteindre : surprendre par delà les réalités immé- diates les secrets appels et les muettes réponses du cœur, donner une voix aux forces sourdes de la nature et aux senti- ments éternels qui dominent le monde. Ses créatures préférées sont les jeunes filles et les femmes, qui incarnent " les grandes amitiés de la vie " : en elles, l'auteur voit " ce quelque chose de grave que je devinais caché dans P ombre de Vètre ". Trois visages de femmes, par leur rayonnement, éclairent d'une lumière adoucie les tons violents qui attirent l'attention première du lecteur.

Alors que de toute sa violence, M. Gaston Roupnel, s'abandonne à son instinct, il peut donner l'impression d'être la victime, non d'une extrême impétuosité, mais d'une virtuo- sité indécente. Lorsqu'il dit : " Jai repris fidèlement sans presque rien modifier les récits sans art que le vieil homme nC a faits ", on ne le croit pas et on lui reproche " la petite tenue bourgeoise " et le " faux-col " dont il les a affublés et dont imprudemment parle Garain ; et cet impulsif apparaît un habile homme.

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