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NOTES 341

��LE ROMAN

LE VIEUX GARAIN, par Gaston Roupnel (Fasquelle 3 fr. 50)-

Cette œuvre a ceci de particulier que M. Gaston Roupnel a été conduit par la logique de son tempérament à masquer ses intentions. Le portrait de ce Gilles Garain, grand dégustateur de vins et de filles, est rehaussé de teintes si vives qu'elles dérobent au lecteur la pensée qui court à travers le livre : ce désaccord explique que plus d'un ami de Nono ait été déçu par Garain.

L'économie de ce roman repose sur une disproportion volon- taire. Les aventures de Gilles Garain et de ses tristes compa- gnons occupent les deux tiers du livre ; mais si l'auteur relève d'un brutal éclat leurs gestes médiocres, c'est afin de rendre plus discrète l'ombre dont il enveloppe la douceur grave et résignée de Catherine, de Marie-Rose et de la Mailloche : trois jeunes filles destinées à exprimer " les sentiments limpides qui sont, dans l'âme des êtres, l'air et le ciel ". Pour vanter et magnifier ses contestables exploits, Gilles Garain déploie une verve inlassable dont la truculence s'étale avec une complaisance parfois inconsidérée (pp. 10, 101,204,205,221). Tout au contraire, dans les moments d'émotion, M. Gaston Roupnel choisit les expressions les plus neutres, les plus effacées : il met alors dans la bouche de Garain les phrases les plus sobres {la mort du père, la mort de Catherine, le mariage de Garain avec la Mailloche, le bonheur de Claude t, son départ, et sa mort).

Par ce procédé d'effet à rebours, l'auteur du Vieux Garain souligne ce qui nous paraît le plus contestable dans son œuvre, et cela, aux dépens de ce qui révèle en elle le sens de la vie profonde. Sans doute il croit mieux traduire ainsi la psycho-

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