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NOTES 335

Ce mètre et ce rythme de Tode, qui répondent en musi- que à de pures journées marines où à de vieux Bourgognes, sont encore plus qu'en français, beaux, dans une langue sonore, accentuée, et sur laquelle n'a pas sévi le fléau de la nasalisation. Si les Provençaux voulaient, si l'apostolat mistralien portait tous les fruits d'or qu'il mérite, en quel magnifique ruisselle- ment de lumière cette langue se répandrait encore ! Avec sa fraîcheur spirituelle et patoise d'un côté, son éclat plastique et ensoleillé de l'autre, elle comporterait, je pense, pour ses deux extrêmes un Roumanille, celui d'hier, et un d'Annunzio de demain. Roumanille qui nous en donne la limpidité et la belle humeur, et ce d'Annunzio que j'imagine, en eque éclateraient jusqu'à l'exubérance et à l'excès, comme en un fils de Calendal et d'Esterelle, les promesses de moissons verbales et de lumière latine. De l'un à l'autre le massif solide, substan- tiel, équilibré, d'un beau groupe poétique, et le Père, comme l'Homère d'Ingres, entre Mireille et Calendal. Dans ce groupe le Laurier d'Arles tiendrait sa place, et la gerbe de feu lyrique qui l'achève et l'éclairé comme une nuit de Saint-Jean ne paraîtrait point jactance vaine.

Albert Thibaudet.

��printemps, — l'empire germe dans ton sang, — tu es forte ! Et malgré de vaines ombres, — toute rose de jardins humains — fleurit vigoureuse dans mes chants.

Que de fois, penché sur ma selle, — jeune homme perdu le long de la mer, — j'ai écouté sous les étoiles — le battement de mon cœur amer ; que de fois, la hampe haute, — j'ai poursuivi, à travers les plaines désertes, — la belle face qui riait — dans le frisson des basses eaux, — Et je songeais à toi, ma Race — et je songeais à mon Laurier...

Vers toi, ma Race grave, — je viens libre, amoureux et fort ; — tu défendras mon nom, pieuse, — de l'oubli et de la mort. — Et quand, passés les jours de tristesse, — tu auras chassé la discorde, — et les souffrances et les tourments, — en montant au sommet de la gloire, — ma Race, tu garderas la mémoire — du Laurier d'Arles et de d'Arbaud !

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