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un alexandrin sur rime masculine, trois octosyllabes sur rime féminine, et un dernier alexandrin qui rime avec l’autre, — en tout sept vers. Inconnue en français, (on en trouverait pourtant, si mes souvenirs ne me trompent pas, dans Ronsard lui-même, un ou deux exemples approchés), elle est l’invention propre de Mistral. D’abord elle est, par son mouvement inépuisable, admirablement adaptée à un récit, elle donne la figure même du mouvement : voyez dans Calendal^ de Cassis à la Roche d’Aiglun, puis de la Roche d’Aiglun à Cassis, les deux courses du pêcheur à travers des pays que le poète énumère longuement, décrit successivement, énumération et description qui seraient fastidieuses, si le rythme de la strophe ne les prenait dans un mouvement si robuste, si véhément, que l’on a la sensation directe de tous ces villages qui passent, s’abattent sous le regard, que l’on tient, comme Calendal, la jambe tendue et rapide pour les traverser. Ensuite elle témoigne chez Mistral d’une intuition poétique tout à fait pareille à celle de Ronsard, commandée par la même situation de la poésie et les mêmes, nécessités de son développement. Au temps de Ronsard l’alexandrin n’était guère susceptible encore que d’un traitement lyrique, soit sous formes de stances, c’est-à-dire de phrases rythmiques en alexandrins seuls (généralement des sonnets), soit sous forme de strophes, c’est-à-dire d’alexandrins mêlés à des vers d’autre mesure, invention personnelle de Ronsard. C’est plus d’un siècle après Ronsard, avec Corneille, qu’arrive à maturité l’alexandrin suivi, épique. Je crois qu’au temps de Mireille — et peut-être aujourd’hui encore — la situation de l’alexandrin provençal était exactement la même. Bien qu’il bénéficie de toute l’expérience française, que souvent il reproduise de la façon la plus servile les coupes romantiques, il ne semble pas qu’il ait encore trouvé sa musique propre. La Reino Jano de Mistral, Lou Pan dou Pecat d’Aubanel peuvent offrir (le dernier surtout ou plutôt le dernier acte du dernier) un intérêt dramatique, ils sont évidemment des erreurs poétiques. D’ailleurs il