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254 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

langue de petits claquements propres à manifester son dégoût) et presque de la duplicité.

— Monsieur Tabbé, je vous en supplie...

Durant quelques instants Tabbé continua sa marche, les sourcils bas, inflexible. Puis enfin :

— Vous connaissez, je le sais, l'abbé Boudin, avec qui je déjeûne ce matin même (il tira sa montre) et que je vais mettre en retard. Ecrivez un chèque à son nom ; il touchera pour moi les soixante billets, qu'il pourra tout aussitôt me remettre. Quand vous le reverrez, dites-lui simplement que c'était " pour la chapelle expiatoire " ; c'est un homme discret, qui sait vivre et qui n'insistera pas. Eh bien ! qu'attendez-vous encore ?

La comtesse, prostrée sur le canapé, se souleva, se traîna vers un petit secrétaire qu'elle ouvrit, sortit un carnet oblong, vert-olive, dont elle couvrit une feuille de son écriture allongée.

— Excusez-moi de vous avoir un peu brusquée tout à l'heure. Madame la comtesse, dit l'abbé d'une voix adou- cie et prenant le chèque qu'elle lui tendait. — Mais d< tels intérêts sont en jeu 1

Puis glissant le chèque dans une poche intérieure :

— Il serait impie de vous remercier, n'est-ce pas fut-ce au nom de Celui entre les mains de qui je ne sui qu'un instrument très indigne.

Il eut un bref sanglot qu'il étouflFa dans son foulard mais, se ressaisissant aussitôt, avec un coup de talon rétif* il murmura rapidement une phrase dans une langue étrangère.

— Vous êtes italien ? demanda la comtesse.

— Espagnol ! La sincérité de mes sentiments le trahit J

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